Date limite pour le numéro de juillet : 19 mai
Une colonne de souvenirs
Il y a longtemps que le communisme a succombé à son échec. Un billet en poche, me voilà en Allemagne de l'Est. Sur un vieux tricycle communiste…
Rostock de nuit
J'étais assis à la terrasse d'un café à Rostock. Sur ma 750 cm3 à soupapes latérales, ça fait trois jours de route depuis Gelderland. Une vieille Goldwing dépouillée a traversé la place en vrombissant. Elle a fait demi-tour. S'est arrêtée. Le motard est descendu de la dépanneuse et s'est approché de moi. Il était grand, musclé comme un âne, et couvert de tatouages. Un colosse plutôt qu'un motard. Avec une bague ornée d'une tête de mort, il a désigné ma moto, une Ural. « Mec, qu'est-ce que tu fous là avec un truc pareil ?! » Il a fallu que je lui explique. « Assieds-toi et prends une bière. » Mon voisin de table, qui ressemblait à un néo-nazi Disney à succès avec des accents national-socialistes, s'est présenté : « Großer Dirk. »
Mais son nom de club de motards était Adel Wolf. Je m'appelle Dolf. «Ah,… Adolf? «. "Oui, mais du côté indien." Et le grand-père Dolf en question a été perdu lorsque le navire marchand sur lequel il naviguait a été torpillé par un sous-marin japonais. "Oh oui. Oui, tout était damal. Scheisse war dass.
Adelwolf s'est avéré être président de la marche du motard local. Paresseux vers la trentaine. Passable à bien entraîné. Chômeur. Aucune chance. Après tout, les ex-Allemands de l'Est ont été victimes de discrimination. "Scheisse!"
On a pris une autre bière. La serveuse m'a témoigné un respect renouvelé. J'étais visiblement bien entouré. Fat Dirk devait partir. Il m'a dit que si je revenais vers 20 heures, il pourrait venir à la soirée. À 20 h 01, quatre motos ont fait irruption sur la place. Ils sont toujours si précis, ces Allemands.
On s'est serré la main. On a échangé nos noms. Nous avons disparu en convoi dans la campagne. Les Allemands adorent les convois. Il y avait un hangar abandonné qui avait été adopté par le club. Nous n'étions pas les premiers. Il y avait déjà à peine une douzaine de vieux vélos japonais, assez lourds, à la ferme. Adelwolf a été accueilli avec respect.
En tant qu'invité, j'ai été accueilli avec courtoisie. La caisse de bière que j'ai prise dans le wagon a été acceptée avec une fausse indignation. « Si on doit en charger une, on ne prendra rien avec nous ! » Mais quand même : « L'école ! »
Ils pouvaient paraître un peu intimidants au premier abord. Mais c'étaient des gens sympathiques. Malgré leurs difficultés relationnelles, ils s'adaptaient au mieux. Ils étaient une vingtaine. Il y avait quelques motardes. On buvait de la bière et on mangeait des saucisses. Des pommes de terre au four rôtissaient sur le poêle.
Plus tard, on découvrit que la grange avait servi de bar, d'atelier, de casse moto et d'entrepôt. Un pont-levis. Beaucoup d'outils. Parmi les tas de ferraille se trouvaient quelques motos récentes immatriculées à l'étranger. Il y avait aussi une centaine de caisses de bouteilles de vodka d'un litre.
Un fusil de chasse traînait derrière le bar. Du cannabis poussait dans la cour derrière l'entrepôt. Sans doute pour un revenu supplémentaire et pour plus de sécurité. La nuit tombait. L'ambiance restait conviviale. On fumait beaucoup d'herbe. Ils se promenaient dans mon side-car russe.
Une sorte de convivialité débridée typique d'Achterhoek. À un moment donné, on m'a demandé si j'avais un endroit où dormir pour le reste de la nuit. Non. On m'a autorisé à dormir dans leChambre d'amis. Elle s'est avérée bien aérée, propre et dotée de draps frais. En Allemagne, les bandes de motards hors-la-loi conservent leurs valeurs et leurs normes.

L'histoire de Paul van Hooff est similaire. Invité à rejoindre un club de motards en Russie, il découvrit plus tard qu'il était lié à la mafia russe. Après avoir bu de la vodka artisanale, il se réveilla dans un hôpital russe. Il se rétablit quelques jours, puis fut ramené au local du club, où tout l'attendait soigneusement, y compris son passeport et son argent. Il n'avait d'ailleurs rien à redire sur les Russes « normaux ». Malheureusement, Paul ne peut plus raconter cette histoire lui-même.
Encore une expérience magnifique et agréable, Dolf !
Super histoire, Dolf ! J'ai l'impression de l'avoir déjà lue. Génial, je peux maintenant vérifier mes souvenirs.
L'hospitalité vient souvent de ceux dont on s'y attend le moins. Apparemment, c'était le genre de personne authentique et attachante. À en juger par le fusil à pompe posté derrière le bar, ils semblent apprécier les armes puissantes pour des raisons évidentes. Ça a dû être une expérience formidable. Fantastique ! 👍🏼
Votre mémoire n'est pas défaillante.
Mais c'est une belle histoire.
J'ai bien aimé. Bonne ambiance.