Date limite pour le numéro de juillet : 19 mai
Le poêle spécial de la Ford T de mon grand-père
Avant le Grand Incendie, mon grand-père tenait une boulangerie à Zwolle, avec une boutique attenante. Du pain, des biscuits, des clients fidèles et un vélo cargo qui semblait s'alourdir de jour en jour. C'était en 1934, les affaires marchaient bien, et cela ne signifiait qu'une chose : pédaler encore plus fort. Pendant que ma grand-mère s'affairait à la boutique, mon grand-père trimballait des marchandises à toute vitesse toute la journée et pétrissait la pâte le soir. C'était trop pour n'importe qui. Il fallait que ça change.
Par : Jan van 't Spijker
La solution se présenta sous la forme d'une fourgonnette Ford Modèle T. Pas une neuve, mais une du début des années 1920. Vieille, certes, mais robuste. Et surtout… plus rapide qu'un vélo cargo. Des milliers de Ford Modèle T circulaient encore aux Pays-Bas à cette époque, nombre d'entre elles ayant changé de mains à plusieurs reprises. La Modèle T était simple, fiable et peu coûteuse à entretenir. Exactement ce dont un boulanger travailleur avait besoin.
D'abord, grand-père a dû passer son permis de conduire. Rien de bien compliqué. Quatre florins, un petit examen pratique et un examen théorique, ça pouvait attendre… ou ne jamais arriver. Le certificat en poche, sa nouvelle vie commençait. Fini de pédaler, place au vélo ! Le luxe. Le luxe absolu. Il acceptait avec plaisir les regards envieux de ses collègues boulangers sur leurs vélos cargo.
Mais l'hiver arriva. Et à l'époque, les hivers étaient vraiment rudes : neige, gel, des semaines de verglas. Et cela posa soudain un problème. La Ford était refroidie par eau. Le liquide de refroidissement tel que nous le connaissons n'existait pas encore. Juste de l'eau. Et l'eau gèle.
Pour de nombreux automobilistes, la solution était à la fois simple et contraignante : vidanger le liquide de refroidissement après chaque trajet et le remplir le lendemain, de préférence avec de l’eau tiède. Il ne s’agissait pas de quelques litres seulement. Selon le modèle, une Ford T pouvait contenir entre 15 et plus de 20 litres d’eau. Beaucoup de voitures de cette époque n’étaient pas équipées d’une pompe à eau, mais d’un système de refroidissement par thermosiphon. L’eau chaude monte, l’eau froide descend. Ce système fonctionne parfaitement, tant que le liquide reste à l’état liquide.
Au bout d'un moment, grand-père se lasse de trimballer des seaux tous les jours. On peut aussi y ajouter de l'alcool, mais il s'évapore vite à cause de son bas point d'ébullition et coûte cher à cause des taxes. Passer ses matins à scruter le radiateur pour vérifier s'il reste assez d'alcool… quelle corvée !
Et puis, soudain, une publicité. Un gadget allemand, avec un slogan qui clame haut et fort : Le soleil en hiverLe nom : CatalyseurUn petit chauffage, spécialement conçu pour être placé sous le moteur. Ni flammes, ni fumée, juste de la chaleur produite par un processus catalytique. Essence ou kérosène dans un petit réservoir, avec mode d'emploi inclus, rédigé avec l'humour typiquement allemand : Gebrauchsanweisung beachten, sonst gibt es Ärger!
C'est un dispositif ingénieux. La combustion catalytique ne produit pas de flamme nue, mais génère de la chaleur, jusqu'à 500 degrés Celsius à l'intérieur. De quoi empêcher le gel du moteur et du liquide de refroidissement, et ce pendant douze heures. Ces systèmes de chauffage étaient courants dans les années 1920 et 1930. On les utilisait dans les voitures, les tracteurs et même les avions, notamment en Europe centrale et septentrionale.
La Ford de grand-père a passé l'hiver sans encombre. Pas de bloc moteur fissuré, pas de radiateur gelé. Problème résolu.
Et le plus beau, c'est que… ce petit poêle existe toujours. En rangeant mon atelier, je suis retombé dessus. Le poêle de grand-père. Avec sa patine, avec son histoire. Le genre d'objet qui vaut mieux que mille images. Je crois que je vais le restaurer.
D'ailleurs, grand-père n'a pas eu le temps de profiter longtemps de sa Ford. Alors qu'il livrait une commande à un client important, un chauffeur routier de passage a jugé que la Ford Modèle T gênait. Il est monté à bord sans demander la permission. Mauvaise idée. Conduire une Modèle T demande un certain temps d'adaptation. Pédale de gauche pour l'embrayage et le passage des vitesses, pédale centrale pour la marche arrière, frein à droite. Accélérateur avec un levier sur le volant. L'incident s'est mal terminé.
La Ford a foncé dans la maison du client. Les petits pains étaient apparemment un peu trop bruns. Fin de la Ford Modèle T.
Grand-père était de retour sur son vélo cargo. Jusqu'en 1961. Puis une autre voiture est arrivée. Une toute nouvelle DAF 600. Mais ça… c'est une toute autre histoire.
(Plus de photos ci-dessous.)

C'était le bon vieux temps. Bien avant l'époque où les voitures étaient facilement accessibles à (presque) tout le monde.
On pourrait conduire n'importe quoi. Regardez un chauffeur de camion ! Je pense que nous sommes entrés dans l'ère de l'automatisation complète, et je suis heureux d'avoir vécu et apprécié la période de développement des années 60 aux années 90. La conduite authentique que ma génération appréciait tant ne reviendra pas à cause des systèmes avancés d'aide à la conduite (ADAS), de l'électrification et de toutes les autres technologies à venir qui risquent de gâcher le plaisir de conduire… et, en plus, de rendre la conduite moins sûre. Enfin : bravo à grand-père, il devait être un vrai passionné !
Quelle belle histoire ! Les gens travaillaient tellement dur à l'époque. Ce petit poêle était une solution formidable, et c'est formidable que vous l'ayez encore.
Bel article, mais il n'y a qu'une seule bonne Ford, et elle a besoin d'un chauffage (voir Fix Or Repair Daily).